Pourquoi les femmes devraient arrêter de se réjouir lorsqu’une femme est érigée à un poste décisionnaire

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Après le décès du président Tanzanien John Magufuli, la vice-présidente Tanzanienne Samia Suluhu Hassan, devient la première présidente que connait la Tanzanie, une grande première dans l’histoire de ce pays. Dans cet article nous verrons si l’ascension politique d’une femme est une réelle victoire dont les autres femmes devraient s’inspirer. 

En 2017, un rapport de l’ONU affirmait que sur 193 états, seulement 16 étaient dirigés par des femmes, la distribution équitable des postes de grande importance se veut très lente et discrète, chose qui prédirait, selon le Figaro, une attente de 50 ans (actuellement 46 ans) pour espérer voir une parité politique respectée. 

Une information qui prend pour titre “ madame X X, première femme à devenir…, est loin d’être une fierté ou une victoire, c’est plutôt scandaleux et révélateur du mépris que la société porte aux femmes. Ce genre d’annonce aurait pu être célébré en 1960, mais en 2021 être la première femme à endosser un rôle, c’est plus désespérant qu’autre chose ! 

Nous devrions nous passer de réjouissances lorsque des femmes sont élues à un poste à hautes fonctions étatiques, tout simplement parce que celles-ci serviront une politique androcentrique qui ne profitera pas aux autres femmes. De par leur appartenance à la classe bourgeoise, elles n’auront pas la capacité de comprendre les multiples oppressions rencontrées par les femmes de classes plus pauvres. Les femmes dites bourgeoises, peuvent connaître le sexisme, les violences physiques et morales insufflées par le patriarcat, mais les inégalités générées par le capitalisme ne seront jamais à leur portée puisque d’une quelconque façon, les bourgeoises alimentent le capitalisme d’état. 

Les femmes de pouvoir verront toujours le droit au travail comme un accomplissement, or dans une société capitaliste, le travail des femmes n’est pas valorisé de la même manière que celui des hommes. En Afrique, les femmes précaires indépendantes financièrement, trouvent leur source de revenus dans le travail agricole ou dans le travail marchand. En Europe, les femmes précaires indépendantes financièrement, travailleront généralement comme vendeuses, coiffeuses, employées d’usine ou de bureau, etc. Que ce soit en Afrique, en Europe ou partout ailleurs, les femmes qui gagnent leur argent sans l’apport d’un homme, se verront d’une manière ou d’une autre, exploitées par une entité qui les dépasse. 

Le capitalisme alimente les inégalités de genres, de classes et de races. Illustrons avec un exemple qui est à la portée de toutes : récemment un grand nombre de médias Anglo-saxons (également COSMOPOLITAN et DAILYMAIL) ont dénoncé l’inégalité salariale entretenue par les marques. À travail égal, les influenceuses noires perçoivent une plus petite rémunération que leurs consœurs blanches qui bien souvent imitent (pour ne pas dire plagient) le contenu des femmes noires, et la plupart du temps, ces femmes blanches possèdent un nombre de followers inférieur à celui de femmes noires. Ceci est une problématique, mais tenez compte du fait que la rémunération des influenceuses blanches est également, à coup sûr, inférieure à ce qu’elle devrait être en réalité. C’est ça le capitalisme, faire du profit par l’exploitation ! 

En plus de l’exploitation du corps, de l’intelligence et du travail des femmes, le capitalisme veut nous endoctriner, pour que nous ayons l’impression que les problèmes ne proviennent pas du système mais des individus uniquement. Un nombre infime de femmes sont érigées à de hauts postes pour que nous puissions les admirer et nous imaginer à leur place. L’émancipation féminine aussi est vue sous un angle capitaliste pour que la seule obsession des femmes soit de fournir un travail acharné et gagner plus d’argent pour un jour posséder le compte en banque de Bill Gates ! 

Malheureusement, sur cette voie, les femmes courent à leur perte puisque le développement entrepreneurial des femmes dans une société capitaliste ne sera jamais la solution miracle pour combattre les inégalités. Si le patriarcat et le capitalisme pourvoient une domination masculine, il faut savoir que les femmes politiques sont aussi dotées de ce pouvoir de domination sur les femmes plus pauvres. 

Nombreuses sont les femmes qui pensent que le féminisme se limite à avoir accès à tout ce que les hommes possèdent, être là où ils se trouvent et faire tout comme eux. Or le féminisme c’est vouloir un changement de système, l’histoire démontre que l’homme trouve fortune dans l’asservissement, la guerre, le pillage, etc. À moins de s’appeler Hillary Clinton, quelle femme saine d’esprit voudrait que toutes les femmes adoptent ces pratiques-là ?  

Femmes travaillez plus fort encore !

Premier congrès des écrivains et artistes noirs en 1956 à Paris © Présence Africaine

La seule chose que les femmes dirigeantes apportent (ou perpétuent) c’est la propagande du labeur féminin qui profite à l’état mais maintient la précarité féminine puisque tout est établi pour pousser les femmes à la consommation, et en plus de cela, les factures en tout genre (logement, électricité, téléphone, etc.) se multiplient pour que seul un nombre minime de femmes puissent passer du côté des 1% (en 2015 un rapport de l’ONG oxfam révélait que seulement 1% de la population mondiale est plus riche que les 99% restants) ! 

Le travail professionnel mêlé au travail domestique non-rémunéré résultent à une sous-alimentation des femmes (voir article les femmes sont-elles plus faibles que les hommes ?) qui les infériorisent et les rend plus vulnérables. Les femmes politiques trouvent tendance de se définir féministes, mais souvent leurs faits et gestes accusent un antiféminisme profond qui profite à une politique androcentrique uniquement. 

Ntumba Matunga

Ntumba Matunga