Oppression misogynoir dans le sport féminin : Aminatou Seyni exclue des JO de Tokyo

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L’athlète Nigérienne Aminatou Seyni s’est vue, ce lundi 5 avril, contrainte de renoncer aux compétitions pour lesquelles elle s’est entrainée pour cause de son taux de testostérones naturellement élevé. 

Aminatou Seyni ne pourra malheureusement pas concourir aux jeux olympiques de Tokyo, et pourtant la jeune femme avait anticipé, celle qui s’élançait normalement sur du 400 m, avait décidé de viser les 200 m après avoir entendu les nouvelles restrictions de l’IAAF. Ces restrictions discriminatoires établies par la World Athletics (IAFF), visent à interdire à toutes femmes possédant un taux de testostérones supérieur à 5nmol/L de sang de participer au 400 et au 800 m.

Sans que personne ne s’y attende, Seyni qui cherchait à éviter l’exclusion, s’est retrouvée exclue malgré tout par cette réglementation qui ne devait s’appliquer qu’aux femmes concourant pour le 400 et 800 m. L’IAAF impose à la jeune femme de suivre un traitement supposé réduire son taux de testostérones pour voir sa candidature validée aux Jeux Olympiques, mais cette dernière confia à RFI ne pas vouloir ingérer des médicaments qu’elle ne connait pas.  

Cette situation rappelle celle de la double championne Olympique Sud-Africaine, Caster Semenya, qui s’est vue bannie du 800 m en juillet 2019 pour les mêmes raisons. Semenya, avec le soutien de l’association médicale mondiale, a saisi la cour Européenne des droits de l’homme après avoir refusé le traitement de l’IAAF. 

Pour moi elle n'est pas une femme c'est un homme !

Elisa Cusma

Caster Semenya, qui est une femme cis intersexe, se voit déshumanisée, ridiculisée et constamment confrontée à la misogynoir. Lors des mondiales de 2009 dont elle est ressortie victorieuse, une de ses concurrentes, Elisa Cusma, qui s’est retrouvée en sixième position, n’a pas hésité à mégenrer Semenya pour faire comprendre que sa victoire n’était pas légitime. 

La réglementation de l’IAAF est misogyne, elle incite à penser que les hommes sont des athlètes plus performants que les femmes à cause de la testostérone qu’ils possèdent, or les femmes aussi produisent de la testostérone et le taux peut varier d’une personne à une autre. La professeure et chercheure en sociologie des sciences médicales Rebecca M. Jordan-Young et l’anthropologue Katrina Karkazis, ont démontré, dans une tribune pour le New-York Times, qu’il était incorrect, absurde, et misogyne de rattacher la puissance physique à la testostérone. 

Nous pensons qu'il est extrêmement grave que les réglementations sportives internationales demandent aux médecins de prescrire des médicaments à action hormonale aux sportifs afin de réduire les conditions normales dans leur corps. Il est tout à fait normal d'être hyperandrogène et il n'y a rien de pathologique dans la situation de cette athlète !

Frank Ulrich Montgomery, le vice-président du conseil de l'AMM

Des chercheur-e-s, des anthropologues, et même l’association médicale mondiale, ont été unanime, la testostérone n’augmente pas nos capacités physiques et les athlètes féminines, telles que Aminatou Seyni et Caster Semenya, qui possèdent un taux naturellement élevé ne sont pas anormales. Les motivations de la fédération internationale d’athlétisme restent très douteuses quand on sait que les sociétés occidentales masculinisent les corps des femmes noires depuis la nuit des temps. 

Il n’existe pas qu’une seule manière d’être femme, nous sommes toutes différentes et cette réglementation misogyne et transphobe de l’IAFF interdit l’acceptation de la diversité humaine au nom de l’équité féministe, mais une compétition qui met la pression aux femmes pour qu’elles soient meilleures que les autres, n’a rien de féministe et les athlètes ne participent pas à ces courses pour faire valoir leur féminisme, elles le font pour l’amour de leur passion qui est devenue profession. 

Ntumba Matunga