Pourquoi les petites filles noires n’ont-elles pas le droit d’être juste des enfants?

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S’il est commun de parler de la charge mentale des femmes résidant sous le même toit qu’un homme, il est nettement plus rare d’entendre la résonance de conversations tournées autour de la charge mentale des petites filles aînées d’une fratrie. En raison du manque d’informations sur le sujet, une enquête a été menée pour alimenter cet article. 24 800 femmes Afro d’une tranche d’âge de 18-30 ans ont témoigné et répondu au sondage publié sur le compte instagram de Tétons Marrons. 

Nul n’est sans savoir que dans les foyers Africains et Afrodescendants, l’éducation donnée aux enfants varie selon leur genre et l’ordre de leur arrivée dans la famille. Très tôt, les petites filles sont amenées à maitriser tous les ustensiles de cuisine dans le but de devenir plus tard de bonne maitresse de maison. Les mamans Afro, souvent accablées par la charge mentale, délèguent une grande partie de leur travail domestique à leurs fillettes qui, par ce cheminement, acquièrent leur indépendance qui les rendra capable de se débrouiller seules sans l’aide de personne. 

Alors que les petites filles s’attèlent au travail, les petits garçons, eux, se confortent dans la fainéantise et dans leurs jeux d’enfants. Selon notre étude, 51% des femmes noires affirment que leurs frères étaient exemptés de tâches domestiques alors qu’elles y étaient obligées. On se voudra beaucoup moins intransigeant-e avec les petits garçons car, nos cultures Afro indiquent que seules les femmes doivent prendre part au travail domestique, chose qui fait que l’éducation des garçons impliquera uniquement la transmission du respect et des bonnes manières. 

Ma mère me réveillait à 7h00 du matin le weekend pour nettoyer toute la maison, pendant que mon frère jumeau et mes 2 petits frères pouvaient faire la grasse mat.

Anonyme

Si l’on peut constater une différence de traitement selon le genre, l’importance de l’ordre d’arrivée n’est pas à négliger. Même lorsqu’une fratrie est composée de plusieurs filles, c’est sur les épaules de la sœur aînée que reposera la responsabilité de ses sœurs cadettes et de ses frères plus jeunes. De par la délégation de tâches données par la mère, la fille aînée endosse le rôle de maman de substitution pour les autres enfants de la famille. Sur près de 25 000 femmes Afro, 51%  estiment avoir jouer le rôle de deuxième mère pour leur fratrie.

En lisant ceci, certaines personnes ne verront pas la portée négative que ce cheminement commun peut avoir sur les petites filles. Mais à cause de leur rôle de mini maman, et du fait qu’une forme d’indépendance leur est imposée, les petites filles Afro ne perçoivent pas l’attention à laquelle elles pourraient aspirer, elles n’ont pas le privilège de n’être que des enfants et de se comporter comme telles. Le passage forcé vers la vie d’adulte fait en sorte que les petites filles noires restent toujours laissées-pour-compte. 

Les rôles sexués et les injonctions culturelles légitiment ce processus qui systématiquement, confronte les fillettes à des situations inégalitaires et oppressantes dans leur propre foyer. 53% des femmes Afro jugent avoir été élevées avec trop de sévérité dans leur enfance. 

Des femmes se montrent très dures, voire méchantes, avec leurs filles et leurs nièces pour la simple raison que c’est ce qui leur a été inculqué, et elles le reproduisent pensant que c’est uniquement par cette voie qu’elles trouveront la satisfaction d’entendre d’autres personnes dire de leurs filles qu’elles sont “bien élevées” . Tout ceci parce que dans nos cultures, le regard des autres est beaucoup plus important que le bien-être de ses propres enfants… 

Je ne donnerai jamais cette éducation à ma fille. Ma mère, ma grand-mère, et toutes les femmes avant elles, ont été élevées ainsi et ça nous a laissé que des blessures !

Anonyme

Bon nombre de femmes sont misogynes parce que c’est tout ce qui leur a été offert, c’est ce qu’elles ont vu en grandissant et c’est une chose qu’elles ont fini par banaliser, intérioriser et répéter. Même si les luttes s’avèrent coriaces (et dangereuses), il faut rappeler que le féminisme est un privilège. Avoir la possibilité de désapprendre et surtout de se détacher de ce qu’une majorité a imposé comme norme sociale, est un privilège. Être une femme noire qui s’oppose à la domination masculine est contraignant, épuisant et torturant, mais il n’empêche qu’avoir les moyens de contester certains aspects d’une culture ou de se dresser contre un système, est un privilège auquel beaucoup de femmes n’ont pas accès. 

Il est donc important de responsabiliser les hommes pères de familles. Si les hommes prenaient, sans qu’on leur demande, part au travail domestique et s’impliquaient dans l’éducation de leur progéniture, les petites filles noires pourraient avoir la chance de s’épanouir comme des enfants. 

Ntumba Matunga