Côte d’Ivoire : Simulation de viol en direct, les femmes répliquent

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En côte d’ivoire l’émission la télé d’ici vacances utilise la simulation de viol pour animer sa télédiffusion et divertir son audience. 

Le lundi 30 août dernier, la cote d’ivoire scandalisait le monde par le biais d’une émission nommée la télé d’ici vacances, diffusée sur la chaîne ivoirienne NCI et présentée par l’animateur Yves De Mbella. Motivée par une inspiration encore inconnue, le chroniqueur jugeait bon de faire intervenir un supposé ex-violeur pour connaître les dessous du viol du point de vue du criminel. 

Pendant l’entièreté de son talk-show, De Mbella enchaîne les questions explicitement obscures et suscite rires et applaudissements du public. Un mannequin modulable était préalablement disposé pour que le supposé ex-violeur reproduise son crime sous les yeux admirateurs du chroniqueur et du public Ivoirien qui ne cessait de rire à gorge déployée. Une organisation qui laisse à penser que le thème de cette émission était prémédité, organisé et approuvé par la chaîne de production. 

L’invité majeur, prétendu violeur repenti, appliqué dans ses démonstrations abjectes, ira jusqu’à prétendre, après que De Mbella lui ait posé la question, que ses victimes auraient pris plaisir à l’assaut. Il ne manquera pas également d’aller jusqu’à entretenir le mythe du viol nocturne dans les rues sombres. Son intervention, en plus de faire l’apologie du viol, est des plus dangereuses car, s’alignant sur la culture du viol, elle incrimine les victimes qui seraient (d’après cette culture) fautives de s’être trouvées au mauvais endroit, au mauvais moment, mais, plus que tout, le crime est minimisé et interprété comme une source de jouissance que les femmes finiraient par acquérir après avoir été brutalisées. 

Nous avons constaté qu’il y avait un pic de violences sexuelles pendant la période de restriction imposée par la pandémie de Covid-19 en Côte d'Ivoire. Environ 30 % des cas signalés ont eu lieu à ce moment-là. Nous pensons qu’il y a eu plus de viols du fait de la fermeture des écoles.

La militante féministe et juriste Sylvia Apata

Depuis 4 jours, sur les réseaux sociaux les internautes se répandent en invectives contre Yves De Mbella et la production NCI. L’animateur et la chaîne sont accusés d’alimenté la culture du viol bien ancrée en Côte d’Ivoire et de faire l’apologie du viol. Une pétition circulant depuis l’événement a déjà récolté plus de 40 000 signatures pour que les protagonistes soient sanctionnés. Des féministes de l’association Ivoirienne nommée la ligue se sont rassemblées devant le siège de la NCI pour manifester leur colère et leur désapprobation, mais également pour exiger la suppression immédiate de l’émission de Yves De Mbella, tout en appelant à des répressions juridiques pour que ce dernier soit condamné pour apologie du viol. 

Ces initiatives douteuses, prises par l’animateur et la production, sont plus que dramatiques lorsque l’on sait que les Ivoiriennes, pour pouvoir poursuivre juridiquement leur agresseur, doivent obligatoirement présenter un certificat médical prouvant que l’agression sexuelle a bien eu lieu. Et ce, alors que cette attestation médicale est inaccessible aux femmes précaires étant donné que son coût s’élève à 50 000 fcfa (+ou- 76), c’est à dire, plus de la moitié du salaire moyen mensuel Ivoirien qui lui est de 116,88€. 

Selon Tv5Monde le présentateur Yves de Mbella, a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et à deux millions de fcfa d’amende (un peu plus de 3000 euros). 

Ntumba Matunga