Mouvement de Défense des femmes en Afrique

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Le récit des événements historiques de cet article a été vulgarisé pour le rendre accessible à un public élargi. N’hésitez pas à consulter les sources pour en apprendre davantage.

Au Sénégal :

Au Sénégal, en novembre 1819, lors de la traite arabo-musulmane. La vaillante, Mbarka Dia encourageait les femmes du Waalo à cacher leurs enfants dans les champs, pour prendre les armes et aller combattre les négriers qui tentaient de les capturer. Ensemble, elles parvinrent à tuer plus de 300 hommes. Malheureusement, les négriers Arabes appelèrent du renfort et devenaient de plus en plus nombreux face aux résistantes…

C’est sur cette défaite que les combattantes du Waalo se réunirent dans des cases et s’immolèrent simultanément par le feu, car elles préféraient la mort à la captivité.

Au Nigéria

Au Sud-est du Nigéria, en 1912, l’officier Britanique Frederick Lugard devenu « gouverneur général du Nigéria » cherche, avec ses adjoints, à lever des fonds. Pour ce faire, il incitera le roi Alafin Atiba (et d’autres hommes qu’il nommera chef) à prélever des impôts sur les populations.

Indignées par cette taxe indirecte et par leur exclusion systématique des instances politiques, les femmes Igbo élaborent un plan et se mettent à attaquer les chefs, les tribunaux, les comptoirs commerciaux européens et toutes les institutions coloniales. Ce mouvement sera appelé « la guerre des femmes ». Malgré la mort de 53 guerrières, la révolte portera ses fruits, la taxe sera abolie et la présence des femmes dans les espaces décisionnaires sera, petit à petit, une normalité.

 

Au Cameroun

Lors de la première guerre mondiale, les Allemands intègrent les femmes du sud du Cameroun dans leurs rangs militaires. La Schutztruppe (troupe coloniale Allemande) était alors composée d’hommes et de femmes Camerounais-es, contraints à défendre l’empire colonial allemand menacé par les Anglais et les Français. Dans les troupes allemandes, les Camerounaises, en plus du combat, étaient assignées à des tâches domestiques : elles devaient laver les uniformes, cuisiner, soigner les blessé-e-s, et se charger de la manutention.Les femmes-soldats subissaient également des viols quotidiens au sein du régiment. Lorsque les premières démonstrations de défaite se présentèrent aux Allemands, ces derniers désignent les femmes comme étant source de l’échec du bataillon. La misogynoire des Allemands incitait à la déshumanisation des femmes noires, prétextant qu’elles ne ressentent pas la douleur, mais après avoir été battus, ceux-ci réintégrèrent rapidement les stéréotypes liés au genre féminin et avancèrent que les femmes étaient beaucoup trop faibles pour la guerre, traitant ainsi les Camerounaises de « pleureuses ».

En 1946, la sage-femme Laurence Eteki Maladi fait bâtir la première clinique privée de Douala et fonde l’association des femmes Camerounaise dans l’espoir d’obtenir le droit de vote pour les femmes, grandes exclues de la sphère politique. De son côté, l’enseignante Julienne Niat rassembla des femmes de toutes les professions et de toutes classes sociales pour fonder l’Union des Femmes Camerounaises (UFC). Dans leur mouvement féministe, les Camerounaises de l’UFC demandaient le droit de vote, l’amélioration des conditions sociales, sanitaires, et économiques des femmes, l’égalité des genres mais également l’égalité entre les femmes blanches vivant au Cameroun et les femmes noires.

En 1951 le droit de vote est accordé uniquement aux femmes qui comptent 2 enfants (minimum) dans leur foyer. Suite à cela, en 1952 l’UFC présente une pétition à l’ONU. La lettre ouverte demande le droit de vote pour toutes les femmes, le congé de maternité pour les femmes noires (il n’était accordé qu’aux femmes blanches), la mécanisation de l’agriculture pour aider les cultivatrices, l’accès à l’éducation pour les filles, et la fin de la ségrégation des établissements scolaires.

Un troisième collectif féministe voit le jour en 1952 au Camroun, l’Union Démocratique des Femmes Camerounaises (UDEFEC) présidé par Catherine Ngo komol et avec Emma Ngom pour secrétaire générale. L’UDEFEC, qui comptait des femmes de toutes tribus, de toutes classes sociales et de toutes religions, réclamait la considération des femmes sans statut marital et l’indépendance financière des femmes. Les féministes de l’UDEFEC dénonçaient une double oppression coloniale et patriarcale, mais, dans le but d’obtenir la libération du pays, elles s’allièrent aux militants nationalistes. Très vite, les hommes s’approprient leurs victoires féministes et les membres de l’UDEFEC se retrouvent, malgré elles, sous une emprise paternaliste qu’elles pensaient ne plus connaître après l’indépendance du Cameroun.

Sources :
  • Mobilisations féminines au Cameroun français dans les années 1940-1950 : l’ordre du genre et l’ordre colonial fissurés de Rose Ndengue dans la revue « Le Mouvement Social«  2016/2 (n° 255), pages 71 à 85.
  • Les Africains, histoire d’un continent” de John Iliffe
  • « Le génocide voilé » de Tidiane N’diaye
  • « Reines d’Afrique » de Sylvia Serbin
Ntumba Matunga

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