S’amuser avec ses copines, une charge mentale pour les filles et les femmes ?

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Cela ne fait plus aucun doute, les femmes ont conscience des dangers auxquels elles pourraient être confrontées en sortant de chez elles. Dangers qui ne sont autres que les violences verbales, violences physiques, ou, dans le pire des cas, le viol. Mais alors quelles sont les précautions prises par les filles et les femmes pour éviter ces dangers et quelles sont les choses susceptibles d’amoindrir la charge mentale des filles et des femmes qui sortent faire la fête ?

T’as combien de pourcent ?

La batterie du téléphone portable est un élément à ne jamais lésiner lorsqu’il est question de sortir de chez soi. Le téléphone est un outil des plus important car, dans le cas où des amies sorties ensemble dans le même établissement festif se perdent de vue, le portable permet de situer ses proches et de les retrouver dans une foule de monde qui ne laissait place à aucun indice sur leur localisation. Charger son téléphone avant de sortir est plus que nécessaire lorsque l’on souhaite anticiper sa protection face à un potentiel danger en filmant une situation violente ou en contactant les numéros de secours. C’est donc pour ces quelques raisons évoquées que les femmes s’assurent systématiquement que leur téléphone portable soit complètement chargé avant de partir de chez elles.

Outfit check

La culture du viol désigne, depuis toujours, la tenue comme étant la justification parfaite aux agressions sexuelles, en appuyant sur le fait que les vêtements jugés trop courts ou trop décolletés donneraient aux potentiels violeurs des pulsions qu’ils ne pourraient contrôler.

Ces arguments sont utilisés pour déresponsabiliser les hommes de leurs actions violentes et pour imposer un contrôle sur le corps des femmes. De ce fait, les filles et les femmes sont nombreuses à avoir intégré ces théories misogynes, et, avant de sortir s’amuser en soirée, la question “tu vas t’habiller comment ?” suscite de longues réflexions angoissantes qui impliquent des stratégies menant à des techniques de camouflage du corps à mettre au point le temps d’arriver sur le lieu de fête, et ce, dans le but de ne pas attirer l’attention perverse des hommes croisant leur chemin.

Le carrosse pour aller au bal

Le moyen de transport demande également un temps de concentration et d’agilité intense. Si depuis quelques années, les plateformes comme Uber ou Heetch font fureur et concurrence les taxis, elles n’en demeurent pas moins plus sécurisées pour les femmes. En effet, nombreux sont les témoignages sur le hashtag #Ubercestover qui attestent des agressions sexuelles perpétrées par les chauffeurs.

Celles qui prennent les transports en commun ne sont pas plus épargnées, en journée les bus et métro multiplient les scènes de harcèlement, d’attouchements et de violences, et, malheureusement, ces phénomènes ne disparaissent pas au couché du soleil…

Pour se rendre au point de rencontre nocturne, les femmes redoublent de vigilance et doivent multiplier les subterfuges pour laisser croire à leurs potentiels agresseurs, se trouvant dans le même véhicule, qu’elles ne sont pas seules et sans défense, ceci alors qu’elles sont vraiment seules et sans défense.

Copines placées sous haute surveillance

Une fois arrivées à l’endroit où se passent les festivités, les femmes ne peuvent relâcher la pression et s’amuser sans conserver un brin de méfiance. Elles savent pertinemment que le danger rôde partout, et pour cela elles portent une attention particulière à la sécurité de leurs amies. Chacune prend l’initiative de surveiller l’autre, et de s’assurer que l’une d’entre elles n’ait pas mystérieusement disparu dans une foule d’inconnu-e-s. 

Les bars et les boîtes de nuit sont des lieux où la drogue et l’alcool circulent librement. Ainsi au moment où elles se voient offrir des verres, les femmes tentent systématiquement d’interroger leur provenance, avant d’accepter ou non les boissons gratuites.

Les soirées pyjama imaginaires

Les filles plus jeunes demeurant sous la tutelle de parents qui, à cause de la culture du viol, refusent et interdisent les sorties à leur fille, sont plus vulnérables que les autres. Celles-ci voulant participer aux activités nocturnes des personnes de leur âge, se perdent dans des mensonges racontés à leurs parents pour pouvoir sortir sans égayer les soupçons. Très souvent, elles inventent une soirée pyjama ou une soirée d’étude qui aurait lieu chez une amie connue de leurs parents.

Ces mensonges condamnent les jeunes filles à redoubler d’attention lors de leurs sorties pour éviter qu’un incident ne provoque le double traumatisme que serait la violence à leur égard et les réprimandes des parents qui ne manqueront pas d’accabler  leur fille pour désobéissance.

Que faire si vous pensez avoir été droguée ?

Si vous pensez avoir été la cible d’une personne mal intentionnée qui vous aurait drogué, il est impératif de se rendre aux urgences pour un dépistage toxicologique. Dans les cas de viol, il est également conseillez de faire un dépistage complet (IST, MST, VIH, hépatites B et C).

Contrairement aux autres drogues qui subsistent dans les urines pour 3 à 4 jours, la durée du ghb dans l’organisme est de 6 à 8 heures. De ce fait, si lorsque vous vous présentez à l’hôpital, on refuse de prélever un échantillon de votre sang ou de votre urine afin de détecter la présence de drogues dans votre corps, n’hésitez pas à prendre les devants et à agir au plus vite. Contactez un-e avocat-e dans le but d’ouvrir une enquête et uriner dans un flacon que vous conserverez précieusement, jusqu’au jour où l’enquête fera intervenir des professionnel-le-s de la santé pouvant analyser le flacon d’urine que vous aurez conservé, et déterminer si, oui ou non, vous avez été droguée.

Comment rendre les rues plus safe la nuit ?

Après l’énumération des différentes actions que les femmes accomplissent avant de sortir de chez elles, il est incontestable d’affirmer que les femmes subissent une charge mentale qui implique une vigilance constante leur refusant un relâchement absolu où les femmes pourraient s’amuser sans craintes et sans dangers. Quelles seraient les solutions ? Que les femmes arrêtent de sortir ? Conseiller ou imposer aux filles et aux femmes d’arrêter de sortir alimenterait le sexisme d’état puisque leur absence les effacerait complètement de l’espace public et renforcerait le danger qui court dans les rues, dans les transports et dans les lieux de fêtes. Au contraire, la présence massive de femmes dans la nuit, rassurerait davantage celles qui sortent pour se détendre et passer du bon temps entre amies. Voir des femmes derrière le volant d’un véhicule (taxi, bus, tram, etc.), mais aussi à l’avant de l’entrée des bars et des clubs pour assurer la sécurité de la clientèle, donnerait aux femmes l’impression d’avoir un intermédiaire de confiance vers qui se tourner en cas d’incident. Mais ce qui impacterait de manière irrévocable la société, ce serait l’application d’une justice moins laxiste pour les auteurs de crimes sexuels. Dès l’instant où le fameux “avec sursis » qui équivaut à l’impunité des agressions sexuelles ne sera plus accordé, les hommes auront conscience des risques qu’ils encourent et seront beaucoup plus réticents à l’idée d’orchestrer violences sexuelles.

Ntumba Matunga

Ntumba Matunga