#MeToo 5 ans après : Les grands problèmes du féminisme sont la misogynoir et le whitewashing.

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Aujourd’hui 5 octobre 2022, tous les médias commémorent les 5 ans du mouvement #MeToo et analysent son impact sur la société. Or #MeToo est un mouvement vieux de 16 ans qui a vu le jour en 2006 grâce à la militante Afroféministe Américaine Tarana Burke

Sans surprise, presque aucun des médias traditionnels ne fait référence à Tarana Burke en parlant du mouvement #MeToo. Il devient donc urgent de se demander s’il faut systématiquement que des femmes blanches s’emparent de nos actions pour que celles-ci soient jugées légitimes et importantes ?

Rappelons-le, le concept de Whitewashing consiste à remplacer des protagonistes noir-e-s et/ou racisé-e-s par des personnalités blanches, afin de toucher un plus grand public et rendre une situation réelle ou fictive conforme à la suprématie blanche instaurée. De ce fait, pour donner une certaine conformité au mouvement #MeToo, on nomme précurseur une femme blanche (Alyssa Milano) en invisibilisant complètement la femme noire (Tarana Burke) qui se trouve à la tête du mouvement.

En 2017, Alyssa Milano a démocratisé la dénonciation publique des violences sexuelles exercées dans la sphère hollywoodienne. La célèbre actrice, connue pour son rôle dans la série Charmed, a invité ses fans survivantes de violences sexuelles à écrire #MeToo sur son compte Twitter. Consciemment ou non, sa prise de parole a également laissée place à un whitewashing qui a complètement évincé du champ médiatique Tarana Burke qui, depuis 2006, a permis à de nombreuses survivantes de sortir du silence. Malgré cette invisibilisation, Tarana Burke est nommée par le magazine Timeperson of the year” en 2017.

En grandissant Tarana Burke subit de multiples viols et agressions sexuelles, elle est tyranisée par l’inceste, mais également par un viol dont le violeur est un policier. Par ces expériences épouvantables, Burke devient la parfaite représentation de la triple peine infligée aux femmes noires et racisées issues des classes défavorisées.

Depuis la traite négrière et la colonisation, L’hypersexualisation du corps des femmes non-blanches chosifie ces femmes, destitue leur humanité, et instaure un consentement permanent irréfutable et reconnu par toutes personnes voulant s’emparer de leurs corps par la force ou par la ruse patriarcale.

Avec #MeToo, Tarana Burke est parvenue à extraire les femmes noires et racisées de leurs rôles raciaux sexuées imposés par un système raciste et misogyne. Depuis 2006, les femmes prennent la parole et se délivrent de la domination patriarcale. Cependant, cette libération ne reste pas sans risques. En effet, selon le Ministère de la Justice française, seulement 1% des viols sont condamnés, et 80% des plaintes pour viol et agressions sexuelles sont classées sans suite.

À cause de cette impunité, une campagne de décrédibilisation des victimes de viol est mise en marche. Systématiquement les survivantes qui sortent du silence sont traitées de menteuse cupide, de manipulatrice avide d’attention, ou encore de dégénérée voulant nuire à la réputation d’un brave homme. Les hommes accusés, sachant que l’impunité leur permet des faveurs judiciaires, s’empressent de se placer systématiquement en victime calomniée.

Juridiquement et institutionnellement, on ne peut dire que #MeToo ait changé grand chose, mais, au sein des différents groupes féministes, #MeToo a rehaussé le niveau de sororité et a permis aux femmes de soutenir et défendre les survivantes face aux foules qui tentent de les décrédibiliser. Cela a été rendu possible uniquement grâce à une femme noire, Tarana Burke, qui, depuis 2006, fait bouger les lignes.

Ntumba Matunga

Ntumba Matunga