Pourquoi les hommes sont-ils systématiquement célébrés et adulés après avoir agresser une femme ?

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Ce vendredi 23 décembre, Tory Lanez a été jugé coupable d’avoir orchestré l’attaque à l’arme à feu qui prenait pour cible la rappeuse Megan The Stallion le 12 juillet 2020. Le chanteur Canadien risque une peine de 22 ans de prison et une expulsion territoriale, la sentence sera prononcée le 27 janvier 2023.

Dans un procès de 9 jours qui débutait le 14 décembre 2022, nous apprenons que le 12 juillet 2020, Tory Lanez, Megan The Stallion et Kelsey Harris (l’ex meilleure amie de Megan) se retrouvent au cœur d’une violente dispute. Dans un élan défensif, Megan se moque de la carrière artistique insignifiante de Tory Lanez. Ce dernier, touché dans son égo, tire furtivement à plusieurs reprises sur la rappeuse en invectivant “danse sal*pe”. Les balles se logent dans son pied. 

Le pied de Meg The Stallion après l'intervention chirurgicale visant à retirer les balles du pieds.

Les deux artistes sont interpellé-e-s par la police, ayant le réflexe défendre un homme noir face à un système raciste, Megan invente une justification à l’état ensanglanté de son pied. Elle raconte aux agents de police qu’elle a marché sur des morceaux de verre. Se sachant déjà inculpé pour port illicite d’armes, Tory tente de soudoyer Megan et sa meilleure amie en leur proposant 1 million de dollars chacune. Le chanteur ira jusqu’à rédiger un message privé où il quémande le pardon de sa victime et exprime des regrets par rapport à la situation passée. Megan, ne s’étant pas laissée corrompre par le criminel, a ensuite été la cible de ses multiples attaques virtuelles (à travers des lives, des publications, des chansons) et provocations où il l’accuse ouvertement de mentir.

Bon nombre d’ hommes déterminés à clamer l’innocence de Tory Lanez, ont gonflé les rangs de ses sympathisants, et ont exprimé avec virulence une misogynoire qui niait les souffrances de la rappeuse de 27 ans. Pendant le procès Megan témoigne “Tous les hommes en position de pouvoir dans l’industrie musicale, ainsi que les personnes qui ne sont pas des rappeurs, ne se sont jamais souciés de savoir qu’elle était ma version de l’histoire. Ils ont immédiatement pris partie pour cet homme et m’ont fait vivre un enfer pendant 3 ans.” Parmi les harceleurs vindicatifs de Megan se trouvaient des rappeurs célèbres tels que Drake, 50cent, Joe Budden, Da Baby, Kid Cudi, Boosie Badazz, etc.

La cote de popularité en hausse pour l’agresseur

Il est facile de constater que les agressions sexistes et sexuelles sont systématiquement récompensées par un tremplin social et un engouement populaire qui ne figuraient pas dans la vie pré-criminelle de l’agresseur. Plusieurs affaires de violences l’ont démontrées. Que ces hommes soient politiciens, artistes, ou encore banquiers, le même procédé d’ascension se répète systématiquement. 

Les femmes blanches, après la dénonciation, sont confrontées à une culture misogyne qui suppose qu’elles auraient cherché l’agression par la tenue, par leurs paroles, ou encore par le lieu où elles se trouvaient au moment des faits. Les mœurs sociétales misogynes invitent donc à penser que les femmes blanches seront, après une agression, systématiquement perçues comme des victimes responsables de leur propre sort. La violence de ce rituel post-agression influence les femmes à garder le silence afin de ne pas avoir à subir le traumatisme de la négation. Pour les femmes noires c’est encore pire ! 

Si chaque survivante doit faire face à la violence de l’opinion publique qui se range toujours du côté de son bourreau, les femmes Afro, en plus de cela, ne bénéficient même pas du statut de survivante. Déshumanisées par la misogynoire qui les désigne comme des êtres sans sentiments, incapables de ressentir une quelconque souffrance (à plusieurs reprise Megan a été comparée à un animal féroce s’acharnant sur Tory Lanez), les femmes Afro voient perpétuer sur elles une multiplicité de violences qui, depuis les périodes esclavagistes et coloniales, disposent les corps de femmes noires à l’avilissement forcé.

Les sociétés misogynoires dans lesquelles nous vivons s’accordent à établir une hiérarchisation des individus plaçant les femmes Afro aux bas de l’échelle, en leur interdisant l’individualité. Leur corps ne leur appartenant pas, les femmes noires dénonçant les agressions seront systématiquement vilipendées et maltraitées davantage. Après une agression, des hommes s’associent pour empêcher le déracinement de la misogynie étatique. Mais surtout, pour protéger leur passe-droit d’assaillant privilégié par l’impunité. 

Plus que jamais, la condamnation de Tory Lanez a une valeur historique car, par cette culpabilité reconnue, l’immunité accordée aux hommes violents a été révoquée. L’on peut donc se réjouir de cette victoire qui fera jaillir une lueur d’espoir chez les femmes qui ont longtemps été silenciées.

Ntumba Matunga

Ntumba Matunga