Aya Nakamura, Megan The Stallion, Crazy Sally ont toutes les trois, à un moment donné, subi un harcèlement putophobe (en anglais slutshaming) !
Qu’est-ce que la putophobie ?
La putophobie est la marginalisation et le mépris exprimé à l’égard des travailleuses du sexe à qui l’on attribue tous les maux de la société. Plus que cela, la putophobie est un phénomène misogyne regroupant stigmatisation, rejet, culpabilisation des femmes et des filles, couvertes d’injures pour une tenue jugée “vulgaire”, des photos dénudées envoyées à leur partenaire, un nombre de partenaires sexuels trop élevé selon la société ou, tout simplement, pour une vie sexuelle existante.
Le mois de janvier a été perturbé par des interférences nocives pour les droits des femmes. En plus du réarmement démographique proposé par Emmanuel Macron, la chanteuse internationale Aya Nakamura et l’influenceuse Crazy Sally recevaient successivement une vague de haine. Les internautes expriment avec virulence leur mécontentement concernant une photo en bikini publiée par la chanteuse, et une vidéo montrant l’influenceuse, robe dos nu, à la plage. Bon nombre de personnes issues de la communauté malienne, ont jugé que la chanteuse ne représentait pas le Mali et ont demandé à ce que la nationalité malienne lui soit retirée. La publication de Crazy Sally suscitait une indignation pas moins modérée. La section commentaires de sa vidéo laissait voir des remontrances quant à la respectabilité des femmes qui s’enchaînaient aux spéculations, sur X et Tik Tok, attestant qu’elle se dénude pour “avoir des partenariats”.
Ces injonctions à la respectabilité sont imposées aux femmes noires dès la petite enfance. Très tôt le corps des petites filles est sexualisé, ces dernières voient les restrictions se multiplier au fil des jours. Par exemple, dans certaines familles, les filles de plus de 10 ans n’ont pas le droit de se présenter en short en présence de leur père, leurs oncles, ou encore leurs cousins à la maison. Autre exemple ; rappelons-le, en 2021, en France, un long débat médiatique, autour de l’interdiction pour les filles de porter des crop top, et de simples débardeurs (au prétexte que leur ventre et les bretelles visibles de leur soutien-gorge seraient cause de distraction pour les garçons), a incité le Président français Emmanuel Macron à affirmer en interview au magazine ELLE “à l’école je suis pour une tenue décente exigée[…]tout ce qui renvoie à une identité, à une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école”.
Ainsi les petites filles intègrent que leur valeur se mesure selon la validation masculine et qu’elles ne sont pas libres de faire ce qu’elles veulent. Les femmes qui se respectent sont couvertes, tandis que celles qui portent des décolletés et des mini-jupes sont désignées comme étant des femmes de mauvaise vie. Les bonnes femmes sont celles qui se font discrète, ne sont ni trop voyantes ni trop bruyantes, n’attirent pas l’attention, et attendent le mariage pour… Attention… Offrir leur virginité à leur époux. Inversement, les mauvaises femmes sont celles qui s’affirment, rient fort, ne vivent pas au travers du regard masculin, et gardent précieusement leur autonomie. C’est pourquoi, sur les réseaux sociaux, lorsqu’une femme lance un débat, émet une opinion, ou affirme ses revendications, des ordes masculines les fustigent avec des injures de type “sale p*te”, “sal*pe” ou encore “ferme ta ch*tte”.






Vous l’aurez compris, toute femme qui ne permet pas à la société de contrôler son corps et sa conduite , sera classée au rang des femmes à désocialiser. Si le travail d’aliénation est fait aussi prématurément sur les jeunes filles, c’est pour qu’elles intègrent que le genre féminin est divisé en 2 catégories (bonne fille contre mauvaise fille) afin qu’elles puissent, à leur tour, alimenter la stigmatisation et l’exclusion sociale des mauvaises filles.
Pour une majorité de personnes, ce processus d’aliénation féminine est parfaitement normal et consisterait uniquement à préserver les bonnes mœurs de la société. Or, la putophobie encourage la culture du viol, et, condamne au silence les dites “femmes bien” lorsque celles-ci sont abusées sexuellement. La putophobie justifie le viol par la tenue vestimentaire, et accable également les survivantes de viol qui ont pourtant bien intégré tous les codes de respectabilité.
L’avancement de la technologie ne se fait pas sans dommages collatéraux. Si aujourd’hui tout le monde vante les mérites de l’intelligence artificielle et son efficacité, il reste tout de même important de signaler ses failles. Plusieurs femmes se sont retrouvées exposées nues sur internet, à cause de fausses photos générées par l’intelligence artificielle. Mais, dans le même temps, d’autres femmes, à l’aise avec leur corps, qui publient des photos en bikini sur leurs réseaux sociaux, découvrent de fausses photos d’elles complètement habillées. Des photos-montage, encore une fois, générées par l’intelligence artificielle. Prude ou pute, la société n’est du côté d’aucune femme, on déshabille les femmes couvertes, et on rhabille les femmes dénudées, tout est établi pour garder le contrôle du corps des femmes et les priver de leur autonomie.
Malheureusement la putophobie est une oppression dont il est difficile de se détacher, car elle se retrouve partout autour de nous ! Alimentée par les médias et la culture populaire, on a pu voir récemment avec la rappeuse Afro-américaine Nicki Minaj qui, pour répondre aux attaques de Megan The Stallion visant le passé criminel de son mari, n’a pas manqué de se défendre avec l’outil misogyne qu’est la putophobie. Nicki Minaj a énuméré, dans le morceau « Big foot », les supposées relations sexuelles que Megan Thee Stallion aurait accumulées pour la décrédibiliser et ternir son image aux yeux du public.
Il est temps qu’une prise de conscience collective éclaire les femmes afin qu’elles réalisent que se montrer putophobe envers une autre femme c’est se vulnérabiliser soi-même dans une société misogyne qui ne fait pas de quartier.





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