Depuis le mois de septembre de l’année 2023, Stephanie Koudou, fondatrice de l’association “Règles Sans Tabou (RST)”, participe à la démystification du corps des femmes. Comme son nom l’indique, l’association, forte de ses 8 membres investies, désamorce le tabou qui s’agglutine autour des menstrues des femmes. Plus que cela, dans sa lutte, RST encourage les jeunes filles et les femmes à prendre confiance en elles et à ne plus avoir honte de leurs écoulements mensuels.
Avec Règles Sans Tabou, Stephanie Koudou s’est donnée pour mission de combattre la précarité menstruelle des jeunes filles en distribuant gratuitement des protections hygiéniques dans les établissements scolaires de la Côte d’Ivoire. Pour nous aider à découvrir ses motivations et son combat, Stephanie Koudou a accepté de répondre à nos questions.
Qu’est-ce qui vous a incité à prendre cette initiative ?
Je me demandais depuis longtemps comment les jeunes filles de mon pays vivaient les règles à l’école et pourquoi, à l’heure actuelle, c’est encore un sujet si tabou ? J’ai découvert, en lisant un livre, une dame qui a créé une marque de protections menstruelles pour venir en aide aux jeunes filles du Kenya. Ainsi, j’ai décidé de faire des recherches sur la précarité menstruelle en Côte d’Ivoire. J’ai tenté de savoir pourquoi nos écoles n’avaient pas de distributeur de protections périodiques, quel est l’état des toilettes ? Est-ce qu’une jeune fille à la possibilité de se procurer facilement un paquet de serviettes hygiéniques ? C’est de cette manière, après en avoir discuté avec quelques amis, que j’ai pris l’initiative de mettre en place Règles sans Tabou pour lutter contre la précarité menstruelle en milieu scolaire.
Quels sont vos objectifs sur le long terme ?
Nos objectifs pour le long terme sont d’avoir des banques de protections menstruelles dans les écoles publiques de Côte d’Ivoire, surtout les zones rurales qui en manquent cruellement, et d’améliorer les conditions des jeunes filles à l’école pendant leurs règles avec des toilettes adaptées et des conditions d’hygiène respectées.
Est-ce facile de sensibiliser les étudiantes et de déconstruire la connotation négative attachée aux menstrues ?
C’est un travail de longue haleine mais qui en vaut vraiment la peine. Nous sommes surprises de voir comment les jeunes filles, après avoir participé à nos ateliers, sont soulagées de voir que certaines croyances sont fausses. Elles sont rassurées de voir qu’il y a des personnes avec qui elles peuvent parler des règles sans tabou et avoir les bonnes informations.
Combien d’écoles avez-vous aidé pour l’instant ?
Pour l’instant nous sommes à une école de 11 000 élèves dont 6000 filles. À partir de septembre 2024 nous allons passer à plusieurs écoles et surtout en zone rurale.
La précarité menstruelle est un réel problème universel, les personnalités politiques ivoiriennes sont-elles sensibles à la question ?
Alors on va dire que les politiques de Côte d’Ivoire commencent à être sensibles à la question mais qu’il y a encore beaucoup à faire. C’est le lieu de demander à toutes les personnalités politiques ivoiriennes, influenceurs ,et autres personnes influentes qui liront cet article de se joindre à nous pour cette mission. Peu de jeunes filles disposent de 500 FCFA (prix moyen d’un paquet de serviettes hygiéniques en Côte d’Ivoire) pour pouvoir se procurer des protections hygiéniques et vivre dignement leurs règles. J’en profite aussi pour dire merci à nos associations partenaires françaises pour le travail énorme fourni, les collectes organisées pour pouvoir envoyer des protections menstruelles à ces jeunes filles dans le besoin. Merci à Tétons Marrons de nous permettre de mettre en lumière la précarité menstruelle en Côte d’Ivoire.




