20 octobre 2025 – Ntumba Matunga
AVC, hypertension, ulcère, glaucome, diabète, eczéma, arthrose, ou encore le psoriasis, tous ces phénomènes assez courants peuvent être provoqués par la dépression et le stress sur des personnes qui n’ont jamais eu aucun souci de santé auparavant. C’est ce que nous apprend une étude publiée par l’université d’Edimbourg en février 2025. Selon les recherches, les individus souffrant de dépression développent des maladies physiques 32% plus rapidement que les autres.
Depuis plusieurs années, les personnes noires et racisées s’époumonent à dénoncer le syndrôme méditéranéen duquel elles sont systématiquement victimes dans les hôpitaux. Pour les moins avertis, le syndrôme méditéranéen est l’ensemble des négligences et des violences que le corps médical inflige à ses patient-e-s au teint riche en mélanine, sous prétexte que leurs souffrances seraient inventées ou exagérées. Ce syndrome, enseigné de manière informelle par les professeurs en école de médecine, découle directement du racisme systémique qui déshumanise toute personne non-blanche.
Posons-nous les questions suivantes, et si ce syndrome, vieux de plusieurs siècles, avait eu un impact sur notre rapport à la maladie ? Et si les descendant-e-s de nations anciennement colonisées s’interdisaient d’exhiber leur vulnérabilité, leur maux, et leur mal-être non pas par pudeur, mais plutôt à cause de ce fameux syndrôme méditéranéen qui annihile notre douleur ?
Nous, femmes africaines et afrodescendantes, avons grandi dans des environnements où l’on nous répétait que nous sommes des femmes fortes et que “la dépression est une comédie réservée aux blancs”. Cette croyance force à terrer sa souffrance au fond de soi, sans présenter d’issue à la guérison. Depuis plusieurs années, nombreuses sont les afroféministes qui sensibilisent le public noir aux thématiques de la santé mentale.
Lorsque nous parlons de dépression et de santé mentale dans nos communautés afros, le syndrôme méditéranéen se perpétue à travers la moquerie, la diabolisation, et la minimisation du mal éprouvé. Dans l’imaginaire collectif, s’endormir après une ribambelle de larmes serait le remède miracle pour recouvrer sa joie de vivre. Or, si le mental ne va pas bien, des répercussions se manifestent bien assez tôt sur le corps car le cerveau et tous les organes sont intimement liés.
Selon la National institutes of health les personnes souffrant de dépression présentent un risque accru de développer des maladies cardiaques, le diabète, des douleurs chroniques, l’ostéoporose, et la maladie d’Alzheimer.
Nous avions mentionné l’entourage qui censure la personne vulnérable, mais il existe également des cas où c’est la personne en souffrance qui décide de se replier sur elle-même en cachant au monde son mal-être, par peur d’être jugée, incomprise ou parfois parce qu’elle minimise la gravité de l’état dans lequel elle se trouve et les conséquences qui en découleront.
Il est donc primordial que nous prenions collectivement conscience de la mise en danger qui s’opère lorsque l’état de santé mental d’une personne noire est minimisé. Rien ne sert de chercher une justification ésotérique, la dépression n’est ni un mauvais sort, ni une malédiction. Entourez vos proches, accompagnez-les dans le processus de guérison, et invitez-les à consulter des professionnel-le-s de la santé mentale si vous tenez à leur sauver la vie.




