Fétichisation raciale et sexiste, Noah Lunsi nous fait revivre l’ère coloniale

Jeudi 23 octobre 2025   –   Ntumba Matunga

Depuis plusieurs jours, la toile s’insurge devant un extrait de live rediffusé sur le réseau social tiktok. Ce live exhibe Noah Lunsi, influenceur français de 38 ans, affirmant que le vagin des femmes blanches serait froid tandis que celui des femmes noires serait chaud, et suggérant que l’endurance charnelle d’un homme ne peut se vérifier que lors d’un rapport intime avec une femme noire.

La légèreté des propos libidineux de l’influenceur dévoile une fétichisation misogynoire héritée du colonialisme. En effet, le corps des femmes blanches et des femmes noires sont, depuis l’époque esclavagiste et coloniale, comparés, différenciés et classifiés. Les esclavagistes estimaient que les femmes blanches étaient des êtres purs à préserver, destinées au mariage et à l’enfantement, alors que les femmes noires étaient décrites comme des butins de guerre, des objets exotiques, des femelles en chaleur sur lesquelles tous les fantasmes pouvaient être exécutés sans limite.

L’hypersexualisation des femmes noires a permis aux tortionnaires coloniaux de commettre des viols de masse sur ces dernières tout en justifiant leurs exactions par des théories attribuant un caractère insatiable aux femmes afro. La domination coloniale était si puissante que ses méfaits ont voyagé à travers le temps. “Panthère”, “lionne”, “tigresse”, “gazelle”, “Macoumba”, ou encore “sauvage”, tous ces sobriquets, utilisés encore aujourd’hui, proviennent tout droit de l’imaginaire coloniale qui illustre les femmes noires en aphrodisiaques dont le corps peut être possédé par tous les hommes… 

En opposant vagin froid et vagin chaud, Noah Lunsi ne se limite pas à partager son expérience, il reproduit inconsciemment une hiérarchie raciale sexiste des corps où les femmes noires sont réduites à un instrument de plaisir. Il renforce l’imaginaire colonial qui fétichise, hypersexualise et déshumanise les femmes à la peau noire.

Pourtant les hommes noirs, eux aussi, sont sujets de cette hypersexualisation coloniale. Mais contrairement aux femmes, la majorité des hommes s’enorgueillit de cette déshumanisation. Le mythe du phallus noir oppulant est apprécié au lieu d’être questionné. Si les hommes noirs valorisent leur objectification, ce n’est pas le cas des femmes noires, alors, on se le demande, quand est-ce que les hommes de nos communautés arrêteront-ils de renforcer les mécanismes qui nous oppressent ? 

En savoir plus sur Tétons Marrons

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture